Apprendre en bougeant ? Et si, pour comprendre les fractions, un enfant devait manipuler des objets ? Et si ses bras pouvaient représenter un angle ? Ou si quelques pas sur le sol pouvaient l’aider à visualiser une ligne numérique ?

Cette idée porte un nom scientifique : la cognition incarnée, ou embodied cognition. Selon cette approche, apprendre ne serait pas uniquement une affaire de cerveau. Le corps, les gestes et les interactions avec l’environnement peuvent également participer à la construction des connaissances.

Cependant, une nuance est essentielle. Apprendre en bougeant ne signifie pas bouger pour bouger.

Une étude publiée en février 2026 dans npj Science of Learning le montre parfaitement. Des chercheurs ont demandé à de jeunes enfants de regarder une activité éducative sur la géographie. Certains enfants devaient reproduire des mouvements d’animaux. Les autres regardaient les mêmes vidéos en restant assis. Or, les enfants qui bougeaient n’ont pas obtenu de meilleurs résultats de mémorisation.

Alors, le mouvement aide-t-il vraiment les enfants à apprendre ?

La réponse est plus intéressante qu’un simple oui ou non.

Apprendre en bougeant : qu’est-ce que la cognition incarnée ?

Pendant longtemps, l’apprentissage a surtout été présenté comme un processus mental.

L’enfant écoute. Il lit. Il mémorise. Ensuite, il restitue.

Pourtant, les recherches sur la cognition incarnée proposent une vision différente. Selon cette famille d’approches, les processus cognitifs dépendent aussi des interactions entre le cerveau, le corps et l’environnement.

Autrement dit, certains gestes peuvent devenir de véritables supports de réflexion.

Prenons un exemple très simple.

Demandez à un enfant de comprendre ce qu’est un angle de 90°. Une définition écrite reste abstraite. En revanche, s’il place un bras horizontalement et l’autre verticalement, son corps représente immédiatement l’angle droit.

Le geste ne sert donc pas seulement à rendre la leçon amusante.

Il représente directement le concept étudié.

C’est précisément là que se trouve la différence.

Apprendre en bougeant : Une étude de 2026 remet en question une idée séduisante

En février 2026, une équipe de chercheurs a publié une expérience particulièrement intéressante dans npj Science of Learning.

L’étude portait sur 75 enfants, âgés en moyenne de 5,6 ans. Ils ont été répartis entre deux conditions expérimentales.

Tous regardaient des vidéos présentant une carte du monde, différents continents et des animaux.

Cependant, un groupe devait également reproduire les mouvements des animaux. Les enfants pouvaient, par exemple, sauter comme un kangourou, courir sur place ou marcher lourdement comme un éléphant. Le deuxième groupe restait assis devant exactement les mêmes contenus.

Logiquement, on pourrait penser que le premier groupe mémoriserait davantage.

Pourtant, ce n’est pas ce qui s’est produit.

Les chercheurs n’ont observé aucune différence significative concernant le rappel des connaissances géographiques entre les deux groupes. En revanche, les enfants des deux groupes ont déclaré avoir apprécié l’activité.

Ce résultat est important.

Il montre que faire bouger un enfant pendant une leçon ne garantit pas un meilleur apprentissage.

Apprendre en bougeant : Pourquoi certains mouvements peuvent-ils devenir contre-productifs ?

Notre cerveau dispose de ressources attentionnelles limitées.

Ainsi, lorsqu’un enfant découvre une nouvelle notion, il doit déjà écouter, observer, comprendre et retenir plusieurs informations.

Si on lui ajoute une deuxième tâche complexe, il doit alors partager son attention.

Le mouvement peut donc aider. Cependant, il peut également devenir une distraction.

Les auteurs de l’étude de 2026 insistent justement sur l’importance d’équilibrer les exigences motrices et cognitives. Selon eux, des tâches motrices trop complexes peuvent gêner l’apprentissage. Ils précisent néanmoins que la charge cognitive n’a pas été mesurée directement dans leur expérience. Il s’agit donc d’une explication plausible, et non d’un mécanisme démontré par cette seule étude.

Voilà pourquoi une règle simple peut être utile :

plus l’enfant doit réfléchir au mouvement lui-même, moins il lui reste d’attention pour réfléchir à la notion enseignée.

Le secret : faire correspondre le mouvement à ce que l’enfant apprend

Alors, faut-il abandonner la pédagogie active ?

Pas du tout.

Il faut plutôt choisir les mouvements avec davantage de précision.

Un bon mouvement pédagogique ne doit pas simplement accompagner la leçon. Il doit représenter une partie de l’information.

C’est particulièrement intéressant en mathématiques et en sciences.

Par exemple, pour apprendre en bougeant, un enfant peut :

  • ouvrir ses bras pour représenter différents angles ;
  • avancer et reculer sur une ligne numérique tracée au sol ;
  • tourner sur lui-même pour comprendre la rotation terrestre ;
  • tourner autour d’un camarade pour représenter une révolution orbitale ;
  • regrouper des objets pour matérialiser des fractions ;
  • déplacer son corps selon un axe pour comprendre les coordonnées ;
  • mimer les vibrations afin d’introduire la propagation d’une onde.

Dans ces situations, le mouvement possède une signification.

Il devient presque une représentation visuelle en trois dimensions.

Apprendre en bougeant : Les mathématiques offrent un terrain particulièrement intéressant

Les mathématiques contiennent énormément de concepts abstraits.

Fractions, proportions, géométrie, nombres négatifs ou coordonnées peuvent donc bénéficier d’un apprentissage multisensoriel bien conçu.

Une étude publiée en juin 2026 dans Educational Psychology Review apporte d’ailleurs un exemple intéressant. Elle a suivi 309 élèves norvégiens de 11 à 13 ans. Pendant huit semaines, certains participants ont suivi des séances combinant basketball et mathématiques, notamment autour des fractions.

Le groupe combinant basketball et mathématiques a davantage progressé que les groupes de comparaison sur les exercices concernant les fractions. Les chercheurs ont également observé des progrès sur d’autres tâches mathématiques.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il suffit de jouer au basketball pour devenir meilleur en maths.

Le point essentiel est ailleurs.

L’activité physique était intégrée à l’objectif pédagogique.

C’est cette connexion qu’il faut rechercher.

En sciences, le corps peut devenir un véritable modèle

La même logique peut s’appliquer aux sciences.

Pour expliquer le système solaire, par exemple, plusieurs enfants peuvent représenter le Soleil, la Terre et la Lune.

Pour comprendre les états de la matière, ils peuvent se placer très proches les uns des autres pour représenter un solide. Ensuite, ils peuvent s’espacer progressivement pour représenter un gaz.

De même, une chaîne d’enfants peut illustrer la transmission d’une vibration.

Ainsi, le corps devient une sorte de laboratoire.

L’enfant ne se contente plus d’entendre une explication. Il observe, agit et associe plusieurs informations.

Cependant, là encore, le mouvement doit rester simple.

Sinon, l’activité risque de devenir un jeu dont l’enfant retient les règles… mais oublie le concept scientifique.

Le test des trois questions pour les parents et enseignants

Avant d’ajouter une activité physique à une leçon, trois questions suffisent.

1. Le mouvement représente-t-il réellement la notion ?

Si oui, il peut être pertinent.

2. L’enfant peut-il l’effectuer sans devoir trop réfléchir ?

Plus le geste est simple, plus l’attention reste disponible.

3. L’enfant serait-il capable d’expliquer le lien entre son geste et la leçon ?

C’est probablement le meilleur test.

Un enfant qui marche vers la gauche sur une ligne numérique doit pouvoir expliquer qu’il se rapproche des nombres négatifs.

Sinon, il marche simplement dans une salle de classe.

Bouger oui, mais avec une intention pédagogique

Les neurosciences de l’enfant et les recherches en psychologie cognitive invitent donc à dépasser une opposition trop simple entre cours traditionnel et apprentissage actif enfant.

Rester assis n’est pas automatiquement mauvais.

Bouger n’est pas automatiquement meilleur.

Ce qui compte surtout, c’est la qualité du lien entre l’action et la connaissance.

Ainsi, apprendre en bougeant peut devenir extrêmement intéressant lorsque le geste simplifie un concept, le représente ou permet de le manipuler mentalement.

À l’inverse, un mouvement ajouté uniquement pour rendre l’activité plus dynamique peut augmenter les sollicitations sans améliorer la mémorisation.

Finalement, la meilleure pédagogie active n’est peut-être pas celle dans laquelle les enfants bougent le plus.

C’est celle dans laquelle chaque mouvement leur permet de comprendre quelque chose.


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